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Une Franco-Ontarienne ouvre sa maison à des adolescents autochtones depuis plus de 10 ans |RADIO-CANADA|

RADIO-CANADA – Jimmy Chabot, publié le 20 janvier 2024

Ginette Rozon rêvait d’avoir 12 enfants, mais la vie ne lui en a donné qu’un seul. Depuis 2013, sa maison est un foyer d’accueil d’urgence pour des adolescents autochtones. Son fils, sa belle-fille et ses trois petits-enfants demeurent aussi avec elle à Timmins.

Chaque soir, Ginette Rozon prépare un repas pour nourrir sa douzaine de pensionnaires.
PHOTO : RADIO-CANADA / JIMMY CHABOT

La douzaine d’enfants qu’elle souhaitait, la Franco-Ontarienne a trouvé le moyen de l’avoir en ouvrant sa porte à des étrangers, après avoir découvert ses racines autochtones.

C’est là que je me suis décidée à ouvrir un foyer pour eux, ceux qui sont en pension qui viennent [de la côte de la baie James], raconte Mme Rozon, dont les origines paternelles sont mi’kmaw.

J’ai ouvert pour eux, puis j’ai aussi ouvert mon foyer [au service de l’aide à l’enfance et de la famille] Kunuwanimano, ajoute la grand-mère de trois adolescents.

Ginette a sur un mur les visages de ceux et celles qui sont passés sous son toit au fil des années. Pour des raisons de confidentialité, les visages des adolescents ont été volontairement floutés.
PHOTO : RADIO-CANADA / JIMMY CHABOT

Son fils lui a présenté sa première occasion d’aider des jeunes de Premières Nations en situation d’urgence, alors que le frère et la sœur de sa femme Renée, alors adolescents, étaient pris dans le système de l’aide à l’enfance.

À la place, ma mère les a rentrés chez eux et comme ça on était capables de tous être ensemble. Ma femme avait l’opportunité d’avoir sa famille proche, raconte Brad Beauvais.

Ginette montre l’une de ses plus grandes passions, le tambour autochtone, à son petit-fils Zach.
PHOTO : RADIO-CANADA / JIMMY CHABOT

La mère de Renée, Diane Matthews, est grandement reconnaissante de l’aide apportée par Ginette. Deux de ses trois enfants vivent toujours sous son toit.

J’avais le choix de venir les voir n’importe quand, à la place que je fasse des rendez-vous s’ils étaient dans le système, précise-t-elle.

Ginette a ensuite eu la piqûre et a pris encore plus de pensionnaires. Entre 2013 et 2020, il pouvait être jusqu’à quatre sous son toit en même temps.

Pause forcée et maison multigénérationnelle

En mars 2020, Ginette a fermé son foyer d’accueil, car la plupart des pensionnaires sont rentrés à la maison pendant la pandémie.

Brad, sa conjointe et leurs trois enfants en ont profité pour s’installer au deuxième étage de la grande maison.

On est tous ensemble dans la même place, si on a besoin de l’aide. Ma mère est toujours là pour nous aider, témoigne le fils de Ginette.

Brad Beauvais joue aux cartes avec deux de ses enfants.
PHOTO : RADIO-CANADA / JIMMY CHABOT

La maison compte six chambres à coucher et cinq salles d’eau. Un lit d’urgence, entouré de paravent, se trouve dans la salle à manger.

Il y a un mois, le téléphone de Ginette a sonné pour savoir si elle était prête à prendre sous son aile un jeune cri de Peawanuck, dont nous devons taire l’identité pour le protéger.

Lui, il est avec nous autres aussi, lance Brad. C’est le fun, c’est un bon jeune. Il a une bonne place et il est [en lieu sûr].

Éviter les traumatismes

Ginette Rozon ne se cache pas qu’elle est aujourd’hui un foyer d’accueil pour éviter que des enfants vivent le sort réservé à ses oncles et tantes il y a longtemps.

Gérald, le père de Ginette, a été marqué au fer rouge quand sa mère a dû laisser partir ses 10 frères et sœurs après avoir développé de sérieux problèmes de santé.

Ils ont été éparpillés partout ici et là. Le plus dur, c’est quand on a amené une de mes petites sœurs [âgée de 2 ans] à la Sainte-Famille. Elle m’a pogné par les jambes puis elle pleurait et elle ne me lâchait pas, puis j’ai vécu avec ça, confie Gérald Rozon, encore à fleur de peau.

Gérald Rozon, tout sourire, en regardant sa fille et ses arrière-petits-enfants préparer le repas.
PHOTO : RADIO-CANADA / JIMMY CHABOT

Trois autres membres de sa famille ont été placés dans un sanatorium spécialisé dans les soins psychiatriques.

Les récits de son père ont inspiré Ginette à aider n’importe qui qu’elle voit sur la rue.

Moi, je l’appelle The Good Samaritan. Un jour, je vais prendre l’enseigne de [l’institution] puis je vais la mettre après l’arbre, blague Gérald.

Chaque dimanche, ils sont quatre générations à jouer aux cartes dans la maison de familiale.
PHOTO : RADIO-CANADA / JIMMY CHABOT

Ginette caresse le rêve d’accueillir son père et sa mère sous son toit.

C’est toujours ça le but, eux autres, c’est sûr qu’ils aiment vivre dans leur maison. Ils sont encore indépendants, mais au lieu d’être placés dans un foyer, j’aimerais qu’il puisse venir vivre ici, conclut Ginette Rozon.

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